Les marques de pêche et Internet

peche partout, le nain mascotte de culture fishAvez-vous vu le dernier numéro de Culture Fish ? Si non, il est ici, allez écouter ce que dit Stéphane Durand-Robin. Il est déçu, Stéphane, désenchanté. Je l’ai eu au téléphone il y a quelques jours et nous en avons longuement parlé. Il y a quelques mois, il a investi du temps, de l’argent, et surtout ses compétences en vidéo et en pêche pour produire Culture Fish, le zapping de la pêche (dont la mascotte est Pêche-Partout, un sémillant nain de jardin). Une excellente série, relayée un peu partout sur le Net, vue des centaines de milliers de fois. Il pensait, peut-être un peu naïvement, que les marques allaient reconnaitre son travail, et lui permettre d’en vivre.

Il ne s’est rien passé de tel, et pour deux raisons :

La faute aux marques

Très peu de marques de pêche sont conscientes de la puissance du Net, citons par exemple Ultimate Fishing qui a une communication remarquable.
La plupart des marques de matos de pêche s’en foutent car elles misent essentiellement sur la presse papier, et sur quelques « stars » qui les représentent, bardés de stickers à l’effigie de leur sponsor. Et pour Internet, elles pensent toujours en 2012 qu’avoir leur propre site officiel est suffisant. Et aussi que les internautes leur feront gratuitement leur pub.

Les marques ont tort

Car qu’est ce qui déclenche l’acte d’achat ? Je vais parler de mon cas particulier, je pense que beaucoup se reconnaitront et approuveront. Les 3 facteurs qui me poussent à acheter :

  1. mes potes au bord de l’eau.  « C’est quoi ton matos, tu en es content ? » On dit tous ça, et la première motivation pour un achat c’est bien l’avis des copains.
  2. Internet, mais absolument pas le site officiel de la marque. Tu parles, il va forcément proclamer que son matériel est le meilleur. Non, je cherche sur les blogs, les forums, je demande sur Facebook ou Twitter.
  3. Les conseils du vendeur : je traine souvent dans les magasins de pêche, et j’ai confiance dans les conseils de certains vendeurs.

On le voit, si rien ne peut remplacer les avis des copains, on peut tout à fait agir sur le Net et contrôler ce qui se dit sur sa marque. Or, combien de marques dans le domaine de la pêche font de la veille sur leur e-reputation  ?

L’e-reputation est l’image que les internautes se font d’une marque, d’un produit (ou d’une personne). Comme on l’a vu, les avis récoltés sur le Net sont primordiaux pour motiver un achat. Nous sommes en 2012, je vais peut-être l’apprendre à certains, et la parole appartient maintenant aux consommateurs. Ils ont à leur disposition tout un tas d’outils, à la viralité extrême. Ces outils peuvent tout aussi bien encenser une marque que la démolir.
Internet a bien contribué largement a détrôner des dictateurs lors des révolution arabes, cet outil démocratique peut aussi détrôner des marques.

Lors de ma visite au salon de Clermont en janvier dernier, j’avais été reçu comme une merde sur le stand de Biiiiip, et la responsable communication de Biiiiip avait eu ce savoureux « on a pas besoin de vous, on a déjà notre site Internet » A noter que son homologue de Daiwa a parfaitement compris l’enjeu et m’envoie régulièrement des CP (laquelle de ces marques vais-je privilégier à votre avis ?).

reputation sur Internet des marques de pêcheDe retour du salon, j’avais écrit ce billet mi sérieux mi déconneur, en imaginant qu’on descende une marque en disant que leurs cannes à pêches sont testées dans l’anus d’un japonais. Je suis très fier de l’illustration, très parlante :-)
Les commentaires sur l’article sont particulièrement intéressants, ils sont dus pour la plupart à des pros du Net qui connaissent leur affaire.
C’est un exemple par l’absurde, on n’est pas obligé d’aller aussi loin (profond ?). Mais ne serait-ce que dire du mal sur les réseaux sociaux de tel produit ou tel marque, influencerait grandement des actes de non-achat, voire de rejet.

La faute aussi aux blogueurs eux-mêmes

Aux blogueurs, mais aussi à tous ceux qui postent des vidéos sur le Net, s’affichant avec leurs beaux t-shirts tagués, offrant gratuitement une belle vitrine aux marques. Et elles auraient tort de s’en priver, c’est tout bénef pour elles. Ces marques peuvent compter sur leurs fans, qui leur servent la soupe gratuitement sur blogs, forums, Facebook, vidéos.

Ce phénomène des rapports entre les marques et les blogueurs/podcasteurs/vidéastes n’est pas spécifique à la pêche. Les marques et les agences de communication ont pris l’habitude de considérer ceux qu’on appelle « les influenceurs » comme des pigeons qu’il est tellement facile de manipuler.

no logo

On leur offre un porte-clés, un autocollant, un gadget à 10 euros, et comme des moutons ils vont bêler leur amour de la marque. Ces beaux jours pour les marques sont en train de se terminer, de plus en plus de blogueurs en ont marre d’être pris pour ces imbéciles. Internet, c’est nous, les influenceurs c’est nous.

On peut aimer une marque, en être fan même. Mais travailler gratuitement, non.  Faire de la pub pour une marque ce doit être rémunéré, toute peine mérite salaire. Alors que ce soit dans ce domaine ou dans un autre, arrêtons de trimbaler partout les logos des plus grandes enseignes sans la moindre compensation. Et lisons ou relisons NO LOGO (la tyrannie des marques), l’excellent livre de Naomi Klein.

Et juste au moment où je termine cet article, je vois que Stéphane, le promoteur de Culture Fish envisage de faire payer les marques qui apparaitront dans ses prochains films. Les grands esprits se rencontrent :-) L’article est ici : Il faut sauver Culture Fish

 

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21 réponses à Les marques de pêche et Internet

  1. Niko dit :

    Ce genre de réflexion n’est pas présent que dans ce domaine là, malheureusement

    j’ai pour ma part connu quelques « grands » qui n’ont pas tout compris non plus aux avantages que pourraient leur apporter le web, et qui finiront un jour par s’en mordre les doigts

    • skullpat dit :

      Voilà bien également le fond de ma pensée. Combien de « vendeurs professionnels » s’imaginent qu’il suffit d’avoir un simple site internet – et souvent simpliste – pour penser de suite qu’ils sont les rois du pétrole ? Je vous le demande.

      Excellent article sur le cas typique du secteur de la pêche, avec une intéressante réflexion sur les « influents » et qui pourrait bien aller au-delà du secteur d’origine.

  2. Ludo (Ghost Pepper) dit :

    Je suis complètement d’accord avec ce billet! Je suis moi même entrain de préparer un blog sur la pêche, il y aura des tests de technique, et donc de matériel dessus. Les marques y seront citées ni plus ni moins que l’instant d’un billet pour savoir de quoi et qui on parle, et le produit sera encensé ou critiquer selon l’usage que l’on en aura fait et trouvé. Mais hors de question d’afficher logo et lien à tout va de ces marques pour le plaisir de faire beau ou dans l’espérance de quelque chose, tout le monde y sera traité avec équité et parcimonie, et rien de plus!

  3. Comme tu l’as précisé fort justement, certaines marques sont à la pointe, d’autres à la ramasse.
    Perso je danserai une bonne gigue lorsque certaines marques déposeront le bilan, tu vois lesquelles ????
    C’est impressionnant comme les blogueurs peuvent se faire jeter, ça a du m’arriver encore plus souvent que toi mais je suis opiniatre et sans concession vis à vis de ceux qui m’ont ignoré superbement.
    Gardons la pêche !

  4. Remercions plutôt ces marques médiocres, qui laissent une porte entre ouverte à ceux qui souhaitent s’y engouffrer 😉 Laissons donc ces marques s’isoler, toutes seules, avec leur site internet infâme… L’important, ce n’est pas la chute, c’est l’atterrissage ! Et ça fait généralement tout drôle!

    Je trouve que c’est un phénomène très français, en Angleterre la plupart des marques ont bien compris leur intérêt sur internet.

    Internet a changé la donne, et toutes les pubs papiers du monde n’y changeront rien!

  5. Père ANNE dit :

    « Internet a changé la donne, et toutes les pubs papiers du monde n’y changeront rien! »

    exactement !!!
    faudrait que certains ouvre les yeux

  6. Chuck Norris dit :

    Mouarf, vous jouez sur les maux Dugomo, mais c’est néanmoins vrai, du coup exoplosons Caperlan ! Bon, soyons clairs, maman Décathlon et grand-mère Oxylane risquent de l’avoir mauvaise. Et tonton pêcheur.com sera certainement furax, par ailleurs et entre autres, tout étant relatif et inversement proportionnel à l’âge du capitaine. Sans parler de tous les marmots consanguins et non reconnus qu’ils font un peu partout sur la toile, on devrait leur interdire de se reproduire tiens, ça fait rien qu’à nous niquer la sécu. Mais bon, il faut raison garder, nous serions vite taxé de fascisme, cela n’est pas envisageable pour notre karma.

    Alors que faire ?! C’est vrai quoi, merde, le public a le droit de savoir qu’il est dans le web-réalité ! Delation ? Grand dieu non, rapport à l’e-reputation et ses dommages collatéraux !

    Blague à part, il faut s’incliner, c’est comme Sega, c’est plus fort que toi … et ça doit coûter une solide pendule tout ça …

    • pecheur dit :

      Je dois avouer, monsieur Steve Lebleu, que je ne comprends pas trop ni le sens de ce discours, ni l’origine de cette rancoeur…

      • Chuck Norris dit :

        Il n’y a pas de rancoeur, c’est de l’humour. Vous parlez de tester l’e-reputation négative d’une marque, je ne fais que répondre à votre appel, avec un brin d’impertinence et de poésie. Il n’y a aucune rancoeur là-dedans, un simple constat … et un apprentissage des techniques modernes de webmarketing, de netlinking et de mise en réseau. Cela n’a rien de personnel BH, rassurez-vous.

        Allez, bonne fin de journée :)

  7. Vincent dit :

    Bravo pour cet article très bien écrit et très pertinent.
    Rechercher la rentabilité à tout prix peut conduire à créer des contenues vides et inintéressants (c’est le cas dans bien des domaines sur le net). Par pitié ne courrez pas derrière quelques euros ou un paquet de leurres souples ! Gardez la Foi qui vous a poussé à créer un site. Gardez la passion qui vous oblige à partir à la pêche et ce même quand il fait très froid. On dit souvent que le contenu est ROI et attention aux pubs déguisées qui ne trompent personne. C’est la passion qui anime la pêche et les pêcheurs il ne faut jamais le perdre de vue. Et puis les pêcheurs se chargent déjà de faire toute la pub dont les marques ont besoin sur les forums et autres plate-formes … alors que manque t-il aujourd’hui ?

    • pecheur dit :

      Je n’ai pas dit qu’il faut chercher la rentabilité à tout prix, mais simplement ne pas travailler gratuitement. La passion n’empêche pas d’être lucide. Et c’est d’ailleurs pourquoi tu emploies à dessein le terme ROI :-)

  8. fisheroots dit :

    Entre nous, on peut toujours s’indigner, les pêcheurs sont les premiers responsables de cela!
    A vouloir devenir un PROSTAFF a tout prix, le pêcheur en est arrivé a accepter de se déguiser en homme sandwich pour une marque quelconque… en échange de quoi… un semblant de reconnaissance? une canne a pêche gratuite par an? l’honneur d avoir le droit de porter officiellement la casquette, le sac, le teeshirt, etc…
    Mais qui sont ces prostaff qui s affichent partout dans les magazines? Que cherchent ils à la fin?
    Ils ressemblent à des « prostituées » qui sont prêts a tout pour exister et faire croire au monde qu ils appartiennent a une race supérieure de pêcheurs… c est l impression que tout le monde a et c est bien dommage. En tout cas moi, ca ne m impressionne pas!

    On parle de pêche là, d’un loisir basé sur une relation homme – nature – animal… on a tous versés dans l excès de vouloir telle ou telle marque parce que telle ou telle est rare, et donc forcement de plus grande valeur(!!). Soyons réalistes, c est juste psychologique!
    Mais il faut reconnaître que l on arrive a une limite ici. Il faut que le pêcheur refuse d’être une publicité ambulante, il n a aucune raison valable de l’être. Oui on peut aimer une marque, mais il y a des limites quand même, surtout lorsque l on voit que la notoriété de cette marque change avec la « direction du vent » et « l’humidité de l eau »!

    On est tous responsables de ces dérapages incontrôlés de notre société de consommation… et rassurez vous, en pêche comme en chasse, comme en bijoux, sports ou bouffe, c est partout la même chose. Entre porter les chaussures de Zidane, acheter la raquette d’Agassi et uiliser le leurre de Kevin Vandamme, pas vraiment de différence…

    En tout cas, je suis d’accord avec PECHEUR : la seule manière de limiter la casse est de stopper cette folie de vouloir s afficher avec telle ou telle marque sans contre partie. Il n y a aucune raison logique de le faire. Au contraire, vous dévalorisez le travail des gens qui sont payés pour cela ou qui se rémunèrent par du vrai sponsor/ partenariat.
    Alors oui, sollicitez les marques pour organiser vos concours de pêche, ou vos évènements halieutiques, mais arrêtez de vous prendre pour des batman de la pêche lorsque vous dégainez vos bananes Sakura, assorties a votre teeshirt et casquette de la même marque. (je l ai vécu moi même et je rigole encore des photos qu on avait prises a l époque!!)

    La vraie différence et la reconnaissance par les autres, elles se font definitivement à la fin de la journée…

    Fisheroots!

  9. lebel dit :

    personnellement les marques et leurs pubs je m’en fout complétement pur moi tout ce qui compte c’est le matériel que j vois au bord de l’eau pas lors des concours car tous les grands pêcheurs sont sponsorisé d’une maniére ou d’une autre Qui me dit que le matériel que l’on me recommande sera bien , le gars à qui la marque en a offert un ou un pêcheur que je croise et que je connais Pour ce que je trouve sur le net il suffit bien souvent de regarder attenivement les vidéos ou les photos pour voir le maériel utilisé et se rendre compte que soit l’auteur n’est pas un smicard soit il ne le paie pas Si l’auteur de l’article me dit dés le début qu’on le paie pour tester telle marque je n’ai pas de probléme
    Pour ma part je suis fidéle à 4 ou 5 marques mais il existe un truc tout simple et sûr pour reconnaître une marque qui vend de la merde , le marché de l’occasion car au prix du matériel quand c’est du bon on e s’en débarrasse pas comme ça

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